Saga Aura - Chapitre 2 - Mourir

Saga Aura - Chapitre 2 - Mourir

<---- Présentation du manuscrit

<---- Chapitre 1

 


Je meurs de chaud.

Ellie voudrait repousser la couverture épaisse qui l'étouffe et lui gratte les jambes, mais elle n’arrive pas à bouger. Il fait noir, on n'y voit rien. Elle pense à attraper son téléphone pour mettre de la lumière, mais ouvrir les yeux lui parait insurmontable. Une migraine l’écrase, sa tête est lourde. Elle s’évanouit.

*

 

Des souvenirs remontent par flash. Paris. L'agence. Le vieil homme sur le quai. Ses yeux noirs qui l'observent disparaitre sous le métro.

Je suis dans le coma ?

Elle perd à nouveau conscience.

*

 

Je suis où ? Ça ne sent pas comme chez moi.

La migraine est moins forte. Cette fois, elle arrive à cligner des yeux. Ce n'est pas sa chambre. Son matelas à elle est beaucoup plus mou. C’est peut-être un lit d’hôpital, vu le drap rêche dont on l’a recouverte.

Ah, tiens, sa main bouge aussi. Mille aiguilles la transpercent et la picotent jusqu'au coude. Ça lui fait le même effet désagréable qu’après avoir dormi trop longtemps dessus. Elle réussit à agiter ses doigts mais ne peut pas encore tourner la tête. Tout son corps pèse une tonne sur le matelas dur.

Comment on allume ici ?

Au bout d’un moment, elle commence à s’habituer à l’obscurité, mais ne voit pas grand-chose. Un faible rai de lumière bleutée se faufile sur sa droite et ses yeux s’y accrochent. Lorsque son bras se réveille complètement, Ellie parvient enfin à tâtonner autour d'elle. Elle touche une surface glacée et sursaute au contact du sol. Son matelas est jeté à même la pierre nue, dans ce qui ressemble de plus en plus à une cellule. Apparemment, on ne lui a pas laissé son téléphone.

Mais au fait, c'est possible, de survivre à un métro qui nous roule dessus ?

Un grand mal de crâne l'envahit à nouveau, de celui qui tape derrière les yeux et résonne entre les tempes. Ellie sent monter la nausée qui accompagne ses migraines. Il faudrait au moins qu’elle trouve ses lunettes. Elle respire profondément par le nez et tente de calmer les pensées et questions qui se bousculent et l'assomment. Elle se préoccupera plus tard de savoir où elle est et comment elle a survécu.

 Quand elle pose ses pieds nus sur le sol, Ellie frissonne, mais elle prend une grande inspiration et réussit à se lever. Son sang tambourine plus fort dans ses oreilles, qui sifflent comme une bouilloire. Sa vue se trouble et elle retombe lourdement.

*

 

Deuxième tentative. Cette fois, elle tient sur ses pieds, mais son crâne bourdonne, emplissant le silence d’une vibration désagréable. La nausée revient. Malgré tout, elle fait un premier pas. Encouragée par cette petite victoire, doucement, un pied après l’autre, elle franchit les trois mètres qui la séparent de la porte. Quand elle l’ouvre, ses mains sont fébriles. Il faut qu’elle sorte d’ici.

Un grand courant d’air frais s’engouffre dans la pièce et lui tourne autour, la laissant tremblante dans sa chemise de nuit blanche. Devant elle s’ouvre un couloir sombre dont elle ne distingue pas le bout.

S’il y a de l’air, c’est qu’il y a une sortie quelque part. En tous cas, elle l’espère. Elle s’avance alors et ses pieds quittent la pierre froide pour fouler une moquette douce et chaude.

Soudain, elle capte un mouvement du coin de l’œil. Ellie sursaute en découvrant un enfant à ses côtés, dans un renfoncement du mur. Ses cheveux sont courts, son visage est grave. Il a tressailli en même temps qu’elle.

La main d’Ellie se tend vers lui et il copie son mouvement. Leurs doigts se rapprochent et se touchent. Les siens sont froids. Leurs bouches s’ouvrent à l’unisson et Ellie ne peut s’empêcher de hurler quand elle réalise que, dans le miroir, l’enfant, c’est elle.

*

 

C’est un cauchemar, c’est un cauchemar, c’est forcément un cauchemar.

A force de les répéter, les mots n’ont plus de sens, comme une prière à laquelle Ellie ne croit pas. Roulée en boule, elle est allongée sur la moquette épaisse. Ses petits doigts passent sur son crâne aux cheveux ras. Elle a envie de vomir. Elle ferme les yeux et laisse passer un moment, long ou court, peu importe.

*

 

Un gargouillis déchire le silence et un souffle s’échappe de ses lèvres sèches.

— Au moins, je ne dois pas être morte.

Le son de sa propre voix la fait sursauter.

Elle se racle la gorge et se frotte le visage pour sortir de sa torpeur. Il est temps de bouger. Certes, elle ne comprend rien pour le moment, mais elle doit avancer !

Elle est en vie, et elle a faim. Alors qu’elle prend appui contre le mur du couloir infini pour se lever, Ellie réalise qu’il est couvert de plantes. Une sorte de lierre grimpant recouvre les parois. Phosphorescent, il diffuse une lumière douce et bleutée, un peu comme si elle était au fond de l’océan. Elle n’y avait pas prêté attention jusqu’à maintenant. Dans quel endroit étrange a-t-elle atterri ?

Après plusieurs dizaines de mètres, Ellie aperçoit enfin le bout du couloir. Elle presse le pas et se retrouve devant des marches de dalles noires, qui montent et disparaissent dans l’obscurité. Une torche flotte devant le mur de pierre. Ellie hésite, puis l’attrape. Elle s’agrippe au bout de bois tordu et tend la flamme devant elle.

Les plantes phosphorescentes ne brillent plus à cet endroit. L’escalier s’enroule en une spirale étroite qui ne lui donne aucune visibilité. Ellie s’engage dans l’ascension, en comptant ses pas pour distraire son esprit de la faim et de l’angoisse. 10. 20. 30. 100. 200. 350.

Elle s’arrête pour reprendre sa respiration. La pente est raide et son petit corps, faible.

Elle meurt de faim.

Alors qu’elle essaie de calmer son cœur qui cherche à s’extirper de sa poitrine à cause de l’effort, elle entend des éclats de voix étouffés.

D’un bond, Ellie reprend son ascension, les mains tremblantes, flamme vacillante à bout de bras devant elle, et se met à courir, jambes flageolantes, presque à quatre pattes. Après plusieurs volées de marches, la sortie apparaît enfin, surmontée d’une voûte blanche qui contraste avec la pierre noire du tunnel. Une lumière éclatante éblouit ses yeux habitués à la pénombre.

Des points noirs plein la vue, Ellie entre dans un immense hall, dont le plafond de verre laisse passer la lumière du soleil. Au milieu de la grande salle trône une longue table en bois massif, recouverte de dizaines d’assiettes et de plats dorés. Les rayons du soleil tombent en cascade sur les carafes d’eau et de jus, qui scintillent. Il flotte une délicieuse odeur de chocolat et café. Quand elle aperçoit le pain et les brioches, l’eau lui monte à la bouche. Pourtant, elle serre la mâchoire et ravale sa salive.

Son estomac gargouille de plus belle, mais elle n’ose pas approcher. Au contraire, elle recule de quelques pas. Son dos touche le mur, qui lui semble gelé contre sa chemise de nuit et son corps brûlant.

Lorsque son rythme cardiaque est moins affolé et que sa vue redevient claire, Ellie remarque enfin une paire d’yeux braquée sur elle. A chaque extrémité de l’immense table se tiennent deux enfants d’une dizaine d’années, aux cheveux rasés comme les siens.

A gauche : le port altier, la peau foncée, les yeux noirs, la fille la scrute un instant puis se détourne. A droite, recroquevillé sur lui-même, marmonnant, un second enfant, blanc, très pâle, le nez couvert de taches de rousseur plongé dans une assiette qui déborde. Il n’a pas l’air d’avoir remarqué sa présence.

Ellie se sent soulagée de ne plus être seule. Elle leur lance :

-        Euh… Bonjour ? Je m’appelle Ellie. Vous êtes qui ? On est où ?

Des yeux bleus translucides se braquent sur elle. Le garçon blond la transperce du regard, puis il se lève en plaquant ses deux mains sur la table en bois et s’élance vers elle, fébrile.

*

 

Chapitre 3 (à venir)

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